Le refinancement de la BCE n’atteint pas les objectifs fixés


Pour l’instant, si la BCE inonde les banques de prêts, cette dernière ne sert qu’à créer un matelas de cash qui revient en dépôt dans les coffres de la banque centrale. Cette liquidité est « stérile ».



Part des dépots à la BCE dans le total des prêts aux banques
Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a souligné que la BCE poursuivra sa politique de distribution sans précédent de liquidité au système bancaire européen. La prochaine opération de prêt à 3 ans aura lieu en février. Selon M. Noyer, « dans la situation actuelle, nous considérons que nous pouvons refinancer massivement les banques sans risque » pour l’inflation. L’« open bar » va donc continuer, la BCE accordant autant de cash que voulu. La seule limite pour les banques est d’apporter suffisamment de collatéraux (actifs mis en garanties) mais la qualité exigée ne cesse d’être revue à la baisse et ce n’est pas donc pas vraiment un problème.

Depuis 3 ans, la BCE poursuit une stratégie visant à sécuriser l’approvisionnement de liquidité pour les banques, qui peuvent emprunter de 1 semaine à 3 ans des montants quasi-illimités à un taux très bas (refi, soit 1 % actuellement). Les banques étant assurées de pouvoir trouver du cash, le risque pesant sur le refinancement de la dette bancaire est réduit. Au final, ceci est censé permettre aux banques de continuer à transformer le court terme (liquidité) en moyen et long terme (prêts immobiliers ou aux entreprises), donc à financer l’économie européenne.

Le contexte actuel illustre la limite de cette politique. D’ici à fin juin, les banques européennes vont devoir se recapitaliser pour répondre aux nouvelles exigences relatives aux ratios de solvabilité. Or, comme le montre le cas de la banque italienne Unicredit (augmentation de capital avec une décote de plus de 43 % sur les nouvelles actions), le secteur n’attire pas les investisseurs. De plus, les ratios de liquidité doivent aussi être améliorés, d’où la préférence pour le cash.

Dans le même temps, la dévalorisation des actifs (obligations d’Etat, actions) continue et les créances douteuses sur le portefeuille de prêts progressent du fait du retour de la récession (exemple : 50 milliards € de provisions supplémentaires pour les banques espagnoles). Ceci dégrade les ratios réglementaires. Il y a donc une double pression sur les fonds propres.

Tout ceci n’incite pas les établissements à faire prendre le risque de s’exposer encore plus. Au final, près de 60 % de la liquidité injectée par la BCE est « stérile », revenant chaque jour sous la forme de dépôts. Les banques de la zone euro préfèrent perdre de l’argent (prêts à 1 % contre 0,25 % de rémunération des dépôts) que de l’utiliser autrement.

Équipe Gecodia.fr

Vendredi 6 Janvier 2012