L’alerte de Moody’s conforte la défiance des marchés envers la dette française


La menace de Moody’s ne fait que conforter la perte de confiance progressive des investisseurs envers la dette publique française. Or, avec près de 180 milliards € à trouver en 2012, la France a besoin des marchés.



L’alerte de Moody’s conforte la défiance des marchés envers la dette française
Il est encore trop tôt pour parler de dérive « à l’italienne » pour les taux des obligations d’Etat de la France mais la confiance s’érode. Après une poussée violente hier, l’écartement des taux français par rapport aux taux allemands (référence européenne, taux vraiment sans risque) ne se réduit pas aujourd’hui.

Les spreads français restent sur des records, avec une légère hausse sur l’ensemble des maturités (cf. tableau ci-dessous). Le spread 10 ans atteint un nouveau record, à 118 pb (OAT 10 ans : 3,19 % contre 2,01 % pour le Bund 10 ans).

L’agence de notation place sous surveillance le Aaa de la France. Pour l’agence, la soutenabilité de la dette est menacée en cas de récession (hausse du déficit) ou de plan d’aide conséquent aux banques ou aux autres Etats de la zone euro. Sur les trois prochains mois, Moody’s va donc surveiller les déficits (loi de finances 2012) et le refinancement de la France sur les marchés.

Tout ceci serait sans grande importance si cette alerte sonnait dans le vide. Or, les investisseurs ont été surpris par l’annonce et la punition a été violente (+20 pb en 2 jours sur le spread 10 ans).

En fait, l’annonce de Moody’s conforte la perte de confiance entamée depuis le mois de juillet dernier. L’écartement avec les taux allemands est lent mais en place depuis plusieurs mois. Le CDS de la France (prime de risque contre un défaut sur la dette obligataire publique dérive aussi depuis cet été et a dépassé 150 pb depuis le mois de septembre (actuellement à 187 pb).

Pourquoi est-ce important ?

Il est évident qu’avec un taux 10 ans proche de 3,2 % et un taux 30 ans à 4 %, il n’y a pas encore de risque important du refinancement de la France. Ces taux sont plus bas qu’ils ne l’étaient en moyenne en 2010.

Toutefois, le lent effritement de la qualité de la dette française sur les marchés est un signal à prendre au sérieux. La France a besoin des marchés pour financer son déficit mais aussi pour refinancer les obligations arrivant à échéance (l’Etat émet de nouvelles obligations pour rembourser les anciennes).

Sur 2012, l’Etat aura besoin de 82 milliards € au titre du déficit et 100 milliards € au titre du refinancement (OAT + BTAN ; source : AFT). Cet argent provient à 65 % d’investisseurs internationaux. Leur confiance est donc cruciale pour les finances publiques françaises. Le poids de la dette publique est telle que la France ne peut fonctionner sans eux.

© www.gecodia.fr                
Marché obligataire zone euro 19/10/2011 18/10/2011
Taux des obligations d'Etat (11h CET) 2 ans 5 ans 10 ans 30 ans 2 ans 5 ans 10 ans 30 ans
Allemagne 0.57 1.22 2.01 2.84 0.52 1.15 1.92 2.76
France 1.39 2.32 3.19 3.96 1.31 2.21 3.08 3.87
Italie 4.49 5.34 5.90 6.76 4.46 5.32 5.87 6.70
Espagne 3.96 4.55 5.41 6.25 3.90 4.53 5.38 6.22
Belgique 2.74 3.89 4.51 4.96 2.72 3.89 4.47 4.90
Grèce 76.75 30.27 25.84 16.35 77.70 30.41 25.75 16.51
Pays Bas 0.73 1.64 2.54 2.94 0.68 1.58 2.44 2.86
Autriche 1.20 2.22 3.14 3.76 1.15 2.13 3.04 3.66
Portugal 18.61 15.14 12.34 9.50 18.82 15.81 12.33 9.47
Irlande 7.93 7.72 8.61 - 9.03 7.89 8.82 -
Finlande 0.75 1.59 2.59 - 0.73 1.52 2.50 -
                 
  19/10/2011 Variation (jour)  
Spread avec le bund Allemand (pb) 2 ans 5 ans 10 ans 30 ans 2 ans 5 ans 10 ans 30 ans
France 82 110 118 112 3 4 2 1
Italie 391 411 389 392 -3 -6 -6 -2
Espagne 339 332 340 341 1 -5 -6 -5
Belgique 217 267 250 212 -4 -7 -5 -1
Grèce 7 618 2 905 2 383 1 351 -100 -21 0 -24
Pays Bas 15 42 53 10 -1 -1 1 0
Autriche 63 100 113 92 1 1 1 2
Portugal 1 804 1 392 1 033 665 -27 -74 -8 -5
Irlande 736 650 660 - -115 -24 -30 -
Finlande 18 37 58 - -3 0 0 -
100 pb = 1 %         Vert : resserement du spread
          Rouge : écartement du spread

Équipe Gecodia.fr

Mercredi 19 Octobre 2011




1.Posté par Pytheas le 19/10/2011 22:46
"taux 10 ans proche de 3,2 % et un taux 30 ans à 4 %, il n’y a pas encore de risque important du refinancement de la France. Ces taux sont plus bas qu’ils ne l’étaient en moyenne en 2010. "
La question se pose en rapport avec le taux de croissance trés inférieur au taux d'intérêt! L'effet de dérapage se trouve là, difficile à maîtriser.

Pour quelle raison il ne serait pas possible d'autoriser la BCE à prêter au Fonds Européen au taux du marché monétaire (environ 1.5%) plutôt que de servir des banques, des assurances, du marché en générale, au moins sur les 60 % autorisé?

2.Posté par Serge Houssard le 20/10/2011 06:31
"La menace de Moody’s ne fait que conforter la perte de confiance progressive des investisseurs envers la dette publique française. Or, avec près de 180 milliards € à trouver en 2012, la France a besoin des marchés. ...Sur 2012, l’Etat aura besoin de 82 milliards € au titre du déficit et 100 milliards € au titre du refinancement (OAT + BTAN ; source : AFT). Cet argent provient à 65 % d’investisseurs internationaux. Leur confiance est donc cruciale pour les finances publiques françaises. Le poids de la dette publique est telle que la France ne peut fonctionner sans eux. " L'annonce donc de MOODY'S est a prendre au sérieux. Ce n'est pas le risque de perdre notre note dans quelques mois qui est important, mais la perte de condiance des marchés. Sauf à prévoir une loi de finances 2012 crédible, privilégiant à la fois des économies importantes et des recettes nouvelles, nous aurons de plus en plus de mal à trouver de l'argent à un taux acceptable.

3.Posté par Equipe GECODIA le 20/10/2011 11:54
@ Pytheas

N'oubliez pas l'inflation dans la comparaison taux d'intérêt et croissance. Ce qui compte n'est pas la croissance en volume mais en valeur (y compris variation des prix).

En ce qui concerne le financement du FESF par la BCE, le problème se pose de la gestion de la liquidité ainsi injectée et de la qualité des actifs donnés en collatéraux. De plus, le refinancement des banques par la BCE est essentiel pour la stabilité du système financier européen, surtout actuellement (crise interbancaire). Il ne peut y avoir d'éviction des banques au profit du FESF sous peine de credit crunch.

Si vous souhaitez poursuivre la discussion, vous pouvez utiliser le forum.

Meilleures salutations,

4.Posté par Gilbert Val le 20/10/2011 18:12
Bonjour !

Les ennuis commencent sérieusement...
Une sortie de la France de l'Euro serait radicale, mais on gagnerait du temps...

Merci pour votre mail de recap quotidien.


5.Posté par Jean-michel VOLA le 20/10/2011 18:55
La qualité de l'actif serait "jugée" par le FESF, déjà la BCE posséde des actifs grecs, italienne etc...!!
La mesure serait temporaire afint d'éviter des risques majeurs actuels qui sont de toutes les façons hors des bornes académiques. Est-ce vraiment le rôle des banques d'acheter des obligations d'Etat finalement: leur rôle d'intermediation est quasi nul ici.
La FED ne joue -t-elle pas indirectement ce rôle en faisant baisser les taux d'intérêt des obligations américain.
Le maintien de l'euro aux alentours de 1.20$ ne serait -il pas un levier de croissance "naturelle" pour l'europe permettant de rendre + compétitif les biens et services européens et aurait peut-être un effet dépressif sur l'importation, et finalement sur la relocalisation. On était à 1 euro = 1 dollar au départ lors de sa création: depuis la croissance européenne est inférieur aux taux des autres zones, la croissance française est particulièrement < après l'euro qu'avant son entrée.
Sinon je ne comprends pas le fait de créer un fond financier, qui va être le tonneau des dénaides (on a déjà perdu beaucoup d'argent pour la Grèce sans effet, celà ne sert à rien) sans rechercher un effet de levier par ailleurs. S'enfermer dans des cercles vicieux m'a toujours paru étrange.


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