Crise de la dette en zone euro : le domino portugais vacille


Le Portugal est sous le feu des marchés et des rumeurs. La situation budgétaire de ce pays rend inévitable un recours à l’aide UE + FMI.



Les spreads sur les dettes publiques des États périphériques de la zone euro se tendent à nouveau. Ainsi, pour le Portugal, le taux 10 ans est proche de 7 % contre environ 2,9 % en Allemagne.

Dans le même temps, les rumeurs courent au sujet de discussions autour d’un plan d’aide de l’UE au gouvernement Portugais. Les grands pays feraient pression sur le Portugal pour qu’il fasse appel au fonds européen (EFSF). Les Espagnols voudraient les choses se fassent rapidement pour éviter une contagion à leur pays. En effet, outre la situation dégradée des finances publiques de l’Espagne, il ne faut pas oublier que les banques espagnoles sont très exposées à la dette portugaise (98 milliards €, données BIS). Ces rumeurs sont systématiquement démenties, mais c’étaient aussi le cas pour la Grèce et l’Irlande. Avec le résultat que tout le monde connaît.

Un recours à l’aide européenne est inévitable. Le gouvernement portugais dépend totalement des marchés financiers internationaux pour financer son déficit. Près de 90 % des obligations publiques sont détenues par des étrangers. L’accès à la liquidité internationale est donc crucial pour ce pays.

Or, pour 2011, le Portugal doit trouver près de 9 milliards € pour financer son déficit (déficit public portugais attendu autour de 5 % du PIB par l’OCDE) et autour de 15 milliards € pour refinancer la dette arrivant à échéance. Les montants semblent modestes mais encore faut-il trouver des acheteurs. On a là un problème de liquidité et non de soutenabilité à court terme. C’est injuste pour le Portugal (cf. graphique ci-dessus pour la dette publique, en rien alarmante) mais c’est une conséquence de la dépendance aux marchés. Vu le spread, la défiance a déjà commencé.

Certes le Portugal peut tenter d’attendre un peu, après tout le taux d’intérêt effectif payé par le Portugal sur sa dette déjà émise n’est actuellement que d’environ 4 %. Le pays peut donc encaisser quelques emprunts autour de 7 %, surtout si la Chine apporte son aide. Sans que ce soit durable (cf. atonie du PIB nominal donc des recettes fiscales), il est possible de jouer la montre.

Le problème est alors celui de la contagion. Le stress sur les marchés de la dette publique en zone euro persistant, l’Espagne sera un peu plus en difficulté. C’est pourquoi les grands pays de la zone euro font pression sur le Portugal.

Reste la problématique des conditions liées à l’aide. Si comme pour l’Irlande, la plan d’austérité est absurde par sa sévérité et son caractère déflationniste, l’acceptabilité politique sera difficile. De surcroit, on créera plus de problèmes économiques à moyen terme. Dans le cas portugais, un défaut sur la dette publique ou bien privé semble largement évitable avec un effort limité dans son ampleur. Espérons que cela soit aussi la conclusions des grands pays de la zone euro.

Equipe GECODIA

Lundi 10 Janvier 2011