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Inflation importée et inflation dans les pays développés
A la suite de notre article sur le risque d’enterrer trop vite la déflation un commentaire très intéressant est venu l’importance des effets de l’inflation importée. Il est donc intéressant de préciser notre point de vue.
Premièrement, l’output gap permet de mesure l’état des forces entre offre et demande. Il est fortement négatif, donc l’offre potentielle excède la demande effective. Il y a donc une situation ou l’appareil productif est surdimensionné par rapport à la demande. Même si les coûts à la production (ou des marchandises importées pour le commerce) augmentent, la concurrence reste trop forte sur le marché des biens pour permettre de répercuter intégralement la hausse. Ensuite, on distingue trois principales composantes dans l’indice : énergie et alimentation (resp. 10 % et 19 % de l’indice en zone euro) ; biens manufacturés hors énergie (29 % de l’indice) ; les services (41 % de l’indice). Les prix à l’importation influent principalement sur les biens industriels. Or, en zone euro ou aux USA (pour les graphiques cf. articles inflation en février en zone euro et inflation en février aux USA) ces catégories de biens à la consommation ne montrent pas de dérapage inflationnistes. Elles sont même plutôt compatibles avec l’existence de pressions déflationnistes. L’intensité de la concurrence (excès d’offre) permet de tenir les prix. Enfin, même si l’inflation dans les pays émergents est forte actuellement et le restera à court terme, il ne faut pas oublier l’effet des gains de productivité du travail, très importants dans ces zones, qui permettent aussi de diminuer les coûts de production. Rappelons que le revenu disponible des ménages chinois (surtout composé de salaires) augmente en moyenne de 12 % par an (nominal) depuis 2003. Au final, à moyen terme (2-3 ans) cette situation devrait perdurer. En revanche, il est vrai qu’à plus long terme, un excès d’offre apuré va sans doute changer le paradigme.
Les bulles immobilières et financières (et les crash) sont en dehors du mandat « stabilité des prix » des banques centrales (BC). La stabilité des prix s’entend pour toutes les principales banques comme une hausse stable et modérée (2 % souvent) des prix à la consommation et uniquement ceux-là. C’est pour cela que les banquiers centraux n’abordent que rarement les problématiques prix des actifs (plutôt liés à la surveillance de la « stabilité financière ») pour justifier des hausses ou baisses de taux directeurs.
Cependant, la dernière crise a bien montré qu’une correction immobilière peut déstabiliser une économie puis mener à une récession et donc impacte l’inflation. Il y a donc un débat récurrent sur la nécessité ou non d’inclure les actifs immobiliers et financiers dans l’analyse « stabilité des prix ». Mais c’est déjà un peu le cas. Prenons le cas de la BCE. Elle analyse les risques inflationnistes via le pilier économique et le pilier monétaire. Ce dernier permet de tenir compte de la croissance des liquidités circulant dans l’économie. Elle tient donc compte du flux de crédit immobilier aux ménages ; au final elle inclut bien le marché immobilier dans son analyse sur les risques inflationnistes. Autre exemple, aux USA les prix à la consommation incluent à la fois les loyers et l’EOR (Equivalent Owner Rent – coût du logement pour un propriétaire), soit indirectement aussi l’état du marché immobilier. Eurostat travaille sur un OER « européen ». De plus, les conditions monétaires et financières (soit l’environnement global taux, change, actions) sont intégrées dans l’analyse conjoncturelle des grandes BC. Au final, les bulles sont déjà en parties prises en compte. Le problème est de savoir si s’en est bien une, s’il faut la faire éclater et comment. Pour la situation actuelle, la masse monétaire est encore dans les choux (cf. M3 en zone euro ; situation bien pire aux USA), l’immobilier aux USA est à nouveau en récession (cf. prix immobiliers aux USA en janvier 2011, en zone euro c’est pas mieux (la France est un cas particulier). Bref, le risque monétaire et immobilier est absent. |

